C’est au bord du lac de Gérardmer, au cœur des Vosges,

C’est au bord du lac de Gérardmer, au cœur des Vosges, en France, qu’une ancienne demeure de villégiature du XIXe siècle a été transformée en un très bel hôtel de prestige.

Qu’il aurait fait bon se promener sur les rives du lac de Gérardmer en ces doux et insouciants temps de la fin du XIXème siècle. Bien surnommée « la perle des Vosges », la petite ville située à 660 mètres d’altitude fut en effet la villégiature du Tout-Paris de l’époque.

Sans doute n’aurait-on pas manqué d’y entendre philosopher Ernest Renan, d’y saluer le président Sadi Carnot, ou peut-être même d’y croiser le portraitiste Léon Bonnat. Preuve de l’intérêt que cette population exigeante et aisée manifesta à l’égard de ce paysage encaissé dans une vallée et bordé de montagnes aux versants couverts de sapins et de prairie, c’est à Gérardmer que fut créé le premier office de tourisme en France. En 1875, il portait d’ailleurs le nom bien trouvé de « comité des promenades ». L’attractivité du splendide et paradisiaque lac de Gérardmer – long de plus de 2 km – aura vite séduit les personnes fortunées qui y construisirent leurs résidences de vacances. 

Au début du XXème siècle, il était possible de recenser sur ses rives des dizaines de « chalets » cossus, bâtisses de prestige et de caractère témoins du temps où l’art de vivre mariait habilement romantisme et mondanité.

Mais après les ravages de la dernière guerre, durant laquelle bon nombre de demeures autour du lac ont été sinistrées, devait-on s’attendre de nouveau à sentir ce doux parfum de luxe ancien ? 

Le théâtre qui ressuscite cette atmosphère d’autrefois, surplombe l’étendue brillante du lac de Gérardmer. Cette résidence de prestige, toute bâtie de bois, se dresse avec noblesse sur un talus agréablement ornementé d’une végétation généreuse.

Le Manoir au lac, c’est son nom, est un de ces chalets miraculés comme il est si rare d’en trouver encore sur le ballon des Vosges. D’ailleurs la maison possède encore sur le côté arrière une façade typique à colombages qui ne manque pas de tempérament. Originairement propriété de banquiers parisiens (les Cahen d’Anvers), l’édifice, après être passé dans les mains d’un industriel, a été acquis en 1979 par Claude Valentin, un Gérômois suffisamment inspiré par sa région natale pour avoir l’audace d’investir dans un concept pour le moins singulier.

SUR LES TRACES DE MAUPASSANT

Dès le départ, Claude Valentin était convaincu que la position du bâtiment en bordure du lac, ainsi que son cachet, destinait naturellement le chalet Cahen d’Anvers à être transformé en un hôtel raffiné. Aux 800m2 déjà existants, l’heureux acquéreur a alors rajouté un nouveau bâtiment qui relie aujourd’hui toutes les ailes de la propriété. L’ensemble a permis l’aménagement de douze chambres et de deux appartements (ou suites) de caractère.

Chacune de ces pièces a été pourvue d’un nom qui lui est propre et qui permet d’en distinguer plus aisément le style et les couleurs. De « Mirabelle » à « Bastien » en passant par « Prunelle » et « Don Juan », tout est affaire de goût, et le mobilier mis en scène avec soin dote inévitablement les chambrées de personnalités uniques. Pour la petite histoire – ce qui n’est pas sans ajouter de la noblesse à la poésie déjà ambiante – une chambre, nommée justement « Bel-ami », a même accueilli Guy de Maupassant.

«Le pays que je viens de visiter est un des plus beaux qu’on puisse voir. Des vallées immenses, enfermées en des montagnes portant de gigantesques forêts de pins et de hêtres […] Au fond de toutes ces vallées, des lacs», écrivit, en 1890, Guy de Maupassant à sa «bien chère mère»

le spacieux salon et sa salle à manger semblent sortir tout droit d’un récit de Proust et invitent, auprès de l’âtre, à savourer les plus fines liqueurs tout en d’initiant à la prose.